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L’accueil des très jeunes enfants

Par Jacques Denis

15 mesures pour grandir ensemble

Le témoignage de quatre mères

Karine, mère parisienne, a attendu un an et quatre refus en commission avant de trouver une place en crèche associative pour son fils Enzo, atteint d’une maladie générique rare.

Marie-Agnès lance un « appel à l’aide » au milieu ordinaire : « Mon enfant est capable d’être en relation avec des enfants de son âge ! ».

Annie parle de « sentiment intime de non appartenance à la communauté », quand trouver un séjour de vacances en intégration pour Elie devient mission impossible.

Ce n’est pas Agnès, agricultrice dans l’Orne, qui dira le contraire de ces trois mères. Elle n’a guère eu le choix, lorsqu’elle a cherché une halte-garderie. Pire : dès le premier jour, celle qui accueillait son fils, pourtant diagnostiqué autiste, a fait un signalement à la DDASS   !

Carence de l’offre avérée

Elles sont quatre mères, donc, ici pour donner corps aux conclusions de la vaste enquête nationale, menée par la plateforme « Grandir ensemble » de janvier à décembre 2008.

« Grandir ensemble », c’est la réunion, à l’initiative de la fédération « Loisirs pluriels », de structures et organismes de petite enfance et de loisirs accueillant des enfants handicapés, auxquels se sont greffés des associations représentatives dont l’Unapei.

Son constat est sans appel : la carence de l’offre de l’accueil est avérée, cinq fois inférieure à la demande. Pour réaliser cette estimation, la plate-forme a bénéficié d’un outil statistique inédit, en Loire-Atlantique, où la CAF   décidait en 2008 de majorer les prestations de service versées aux établissements d’accueil de la petite enfance et aux accueils de loisirs sans hébergement dés lors qu’ils accueillent un enfant handicapé bénéficiaire de l’AEEH  .

« Malgré un sentiment général d’ouverture (près de 70% des structures déclaraient accueillir ou avoir accueilli un enfant handicapé), cette étude montre qu’en réalité moins de 20 % des structures accueillent effectivement des enfants handicapés. Plus encore, le volume de fréquentation ne représente que tout juste 1% dans les établissements de la petite enfance et moins de 0,43% dans les accueil de loisirs ». De quoi « déciller les yeux » !

« Applicable immédiatement »

Le professeur d’université Charles Gardou le martelait fermement, dans cette salle de Science Po Paris, lieu éminemment symbolique, pour interpeller les pouvoirs publics et la société : les lieux d’accueil de la petite enfance et les structures de loisirs sont par excellence, « des lieux de fluidité sociale », des lieux qui échappent à la dictature de la performance, où justement l’inclusion devrait être naturelle. Dans la réalité, les parents d’enfants handicapés s’autocensurent souvent, ne frappent plus aux portes, de peur de se les voir une fois de plus fermer au nez.

Alors, que faire ? Forte de son diagnostic, la plate-forme a décliné une ordonnance. Si les enfants handicapés ne sont pas accueillis, c’est par manque de personnels formés, faute d’appui technique, comme de sources de financements. Alors qu’une offre alternative existe dans l’Héxagone, démontrant que l’accueil mixte est possible (réseau « Une souris verte », « Loisirs pluriels »). « Grandir ensemble » prescrit donc 15 mesures.

La plus forte, « applicable immédiatement » : la généralisation de ce qui a été tenté en Loire-Atlantique, à savoir la majoration des prestations de service versées par les CAF   pour chaque enfant handicapé accueilli. « Les 80 millions d’euros que cela doit coûter seront largement compensés par les 3000 emplois créés et les économies sur la prestation de compensation   », argumente Laurent Thomas, l’un des porte-paroles.

Autres mesures phares préconisées : étendre le champ d’application des chèques CESU aux accueils de loisirs et de vacances, créer un outil de mesure statistique de l’évolution de l’accueil, faire de la formation des professionnels de l’éducation et de l’animation un passage obligé, créer une attestation pour les bénévoles et jeunes animateurs, à l’instar de la formation aux premiers secours, ou encore créer un centre de ressources national... En un mot, l’idée est que « Grandir ensemble » devienne « Grande Cause Nationale ».

Pour commander l’étude (12 € frais de port inclus) : Grandir ensemble, service éditions, centre d’affaires de Launay Quéro, 35160 Breteil.

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