Comprendre

Pour mieux connaître le handicap mental

LE MAG - Ils avancent

Imprimer
Scolarisation

La vision d’un directeur d’IME

Propos recueillis par Marthe Aurèle

Des difficultés possibles à surmonter

Des difficultés de l’information, de la formation et de l’intervention au cœur même des classes ordinaires

Ressentez-vous un manque d’information des enseignants en milieu ordinaire ?

On le sent, on le ressent, et c’est verbalisé. Je crois même que les responsables d’établissements scolaires et les responsables de l’Éducation nationale, au niveau de l’Inspection, ont bien conscience de cette chose-là. C’est pour cela qu’ils mettent en place des temps de rencontre, des temps d’échanges, des temps de formation. Et comme je l’ai dit, il n’est pas rare que l’Éducation nationale, par le biais de l’Inspection ou par le biais de directeurs de lycées, fasse appel à nos compétences pour venir apporter de l’information et de la formation à ses propres enseignants.

L’information passe par la formation, pour le coup. Ce n’est pas de l’information généraliste, délivrée au plus grand nombre, ce serait des temps de formation…

Ça se passe de cette façon-là.

Mais tout le monde n’a pas droit à la formation. Cela restreint le nombre de personnes qui sont potentiellement bénéficiaires de l’information.

Oui, mais c’est vrai que le lycée Raymond Cortat, par exemple, a mis en place une journée pédagogique sur la connaissance du handicap où je suis intervenu avec Angélique Benedetti, qui occupe le poste interface de l’IME  , sur une journée complète de formation pour les 60 professeurs de lycée.

Cela intervient sur l’initiative d’un directeur d’établissement.

Tout à fait.

Pas par le biais de l’Éducation nationale en général ?

Si, cela passe aussi par l’Inspection académique, donc par l’Éducation nationale. Et l’Inspection académique nous demande aussi d’intervenir auprès des AVS   et des enseignants. En revanche, ce qui est très difficile aujourd’hui à mettre en œuvre, c’est d’apporter de l’information pratique de terrain à l’intérieur même d’une classe, qui est quand même le lieu privilégié de l’enseignant. D’un côté, l’enseignant peut avoir eu des difficultés pour accueillir un AVS   dans sa classe. Alors le jour où un personnel médico-social va apporter de l’aide soit à l’AVS   soit à l’enseignant lui-même en intervenant dans la classe, cela pourrait encore compliquer les choses. Mais d’un autre côté, l’enseignant doit rester un spécialiste de l’enseignement. Il ne doit pas et ne peut pas devenir un spécialiste de tel ou tel handicap, de la même façon qu’aucun éducateur ne peut être un spécialiste de tous les handicaps. L’enseignant doit préserver son rôle. Même si c’est difficile à installer au sein de l’Éducation nationale, c’est donc bien à d’autres professionnels, dont c’est le métier, d’apporter l’information et le savoir-faire auprès de ces enfants pour que l’enseignant puisse diriger et accompagner sa classe.

C’est- à- dire que l’enseignant fait plutôt la demande quand il est confronté au problème.

Absolument, et c’est souvent une demande qui est liée à un appel au secours. Maintenant, celui qui veut travailler avec l’enfant, il le prend tel qu’il est, en s’appuyant sur les compétences de ceux, comme nous, qui ont dû trouver des solutions pour résoudre le même problème que lui, avant lui…

Francis Buret et ses équipes constatent le manque d’information et de formation des enseignantsFrancis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
le manque d’information et de formation des enseignants
Afficher la vignette au niveau de leur région. Mais ils travaillent à le résoudre…

La clé de meilleurs échanges : privilégier le projet de l’enfant

Comment pourrait-on améliorer encore ces échanges de compétences ?

L’un des outils essentiels par rapport à ce lien est le projet de l’enfant. Quand je dis le projet de l’enfant, c’est le projet que la famille a pour son enfant, le projet que l’enfant a pour lui-même, le projet que les enseignants peuvent avoir pour cet enfant dans le cadre du PPS  , mais aussi le projet éducatif, pédagogique, et thérapeutique qu’une équipe médico-sociale peut avoir pour cet enfant. Et c’est bien dans l’échange autour de ces différents projets que l’on va pouvoir mettre en avant les besoins de l’enfant et la réponse à ces besoins. Ensuite, une fois cela défini, chacun, dans le métier qui est le sien, dans le respect des prés carrés, doit mettre en œuvre tout ce qui concoure à ce qui aura été défini en termes de besoins. Après, que l’on appelle cette réunion « réunion de projet », « PPS   » ou « projet individualisé », qu’importe ! Le tout, c’est que là-dedans, la parole des uns et des autres ait la même valeur. La parole de l’enfant, celle de ses parents, celle de l’enseignant, celle de l’équipe médico-sociale. Ensuite, il n’est pas forcément nécessaire de se retrouver à 20 ou à 50 plusieurs fois l’an pour discuter du projet d’un enfant, il faut partir de personnes qui sont « références » pour l’enfant. Il peut y avoir un référent éducatif d’une équipe médico-sociale, et le référent pédagogique de l’Éducation nationale, qui auront la charge de venir avec la synthèse de ce qui aura été fait sur le terrain, chacun de leur côté, sans rentrer dans une querelle de qui prendra le pas sur qui.
Quand on regarde en détail le décret d’avril dernier, on a le sentiment que ce sera bientôt l’équipe de scolarisation qui va définir le nombre d’heures d’orthophonie ou d’ergothérapie pour tel enfant ainsi que son créneau en fonction du programme entre la gymnastique et le français.
Soyons sérieux. Arrêtons de morceler ! Un enfant c’est un tout, pas quelqu’un que l’on morcelle. Et aujourd’hui, l’avantage du secteur médico-social, c’est de posséder en ses murs toutes ces compétences.
L’enfant qui sort de sa classe spécialisée d’IME   trouve à proximité , le bureau de l’orthophoniste ou la salle de psychomotricité. À la limite, il ne se déplace pas ou peu, pour bénéficier de tous ces supports.
Maintenant, est-ce que l’on va pouvoir délocaliser l’IME   dans les murs de l’école ? C’est un projet que j’ai depuis longtemps. Cela permettrait à l’enfant, tout en étant dans une école ordinaire, de bénéficier de tous ces services à l’intérieur même de l’établissement. Il suffirait d’avoir des grands complexes scolaires dans lesquels on intéègrerait un IME  .

C’est un projet envisageable ?

Oui. Pourquoi pas ? Mais alors, il y a toujours cette question de « qui dirige quoi ? ». Il faudrait que l’Éducation nationale et le secteur médico-social puissent travailler sur un pied d’égalité dans l’accompagnement de l’enfant, c’est-à-dire que l’un ne supplante pas l’autre.

Mais les IME   et les écoles ne fonctionnent pas de la même façon…

Dans le secteur médico-social, lorsque l’on bâtit le projet d’un enfant, on n’a pas besoin de le faire valider par une démarche administrative lourde. Il n’y a pas nécessité de faire des choses en huit exemplaires et d’attendre le retour signé. Les décisions « actées » en équipe éducative un soir, sont mises en place le lendemain matin. Et si elles ont besoin d’être revues et corrigées dans les trois mois, elles le sont. Les demandes de l’enseignant, en revanche, sont soumises au fonctionnement de l’Éducation nationale, plus lourd et moins souple.

Point majeur de la réflexion du directeur de l’IME   d’Aurillac : l’idéal serait de partir du projet de l’enfant pour trouver les meilleures solutions, sans souci de hiérarchie entre les équipes de l’Éducation nationale et du secteur médico-social.

Point majeur de la réflexion du directeur de l’IME   d’Aurillac : l’idéal serait de partir du projet de l’enfant pourFrancis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
l’idéal serait de partir du projet de l’enfant pour
Afficher la vignette trouver les meilleures solutions, sans souci de hiérarchie entre les équipes de l’Éducation nationale et du secteur médico-social.

Son

Afficher la vignette l’idéal serait de partir du projet de l’enfant pour

Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


Afficher la vignette le manque d’information et de formation des enseignants

Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


Pour contacter Francis Buret :