Vivre

Parce que le handicap se fond au coeur de la vie

LE MAG - Ils y arrivent

Imprimer
Benoît Éplé

Une vie en mode majeur

Par Maud Salignat

Des parents pour aiguillons

Chez les Eplé, le piano est au centre. Devant le piano, il y a Benoît. Jamais bien loin du piano, il y a Suzanne. Il n’est pas jusqu’à la décoration sur l’instrument qui ne soit étudiée au millimètre. Chaque objet parle. Comme cette reproduction d’une Madone à l’enfant, ou bien sûr ces photos de Benoît en concert...

Une famille qui baignait dans la musique

Comme toute mère, plus encore que si son enfant avait été ordinaire, Suzanne cherchait un violon d’Ingres pour son fils, quelque chose qui le fasse, si ce n’est se transcender, du moins trouver une harmonie. La musique ? Quel parent n’a pas souhaité que son enfant accomplisse ce qu’il a ébauché ? Or Suzanne avait quelques bases de « méthode Rose ». Et toute la famille baignait déjà dans une atmosphère de voix de stentor et de grandes orgues. Il y avait le père de Suzanne, belle voix de baryton qui résonnait dans la chorale paroissiale. Il y a Pierre aussi, le frère de Henri, prêtre et organiste, qui a toujours aimé jouer devant Benoît. Sans oublier les cousins, tous musiciens ou presque, certains de profession. Des cousins qui écrivent des arrangements sur des airs de jazz pour que Benoît les accompagne quand c’est jour de fête familiale.

« Votre enfant sera ce que vous en ferez »

La musique s’est imposée, donc. D’autant que les époux Eplé avait fait cette rencontre déterminante, celle du docteur Schlemmer, spécialiste de la santé par l’équilibre alimentaire, théologien protestant et musicien, lui-même père d’une jeune fille trisomique pianiste à ses heures. De cette visite, les parents retenaient une scène : oui, il est possible pour une personne trisomique d’interpréter une cantate de Bach. A condition de s’en donner les moyens...
« Votre enfant sera ce que vous en ferez », avait dit le docteur Schlemmer. Suzanne et Henri l’ont pris au mot, se battant pour que Benoît trouve sa place en milieu ordinaire à une époque où c’était loin d’être la philosophie dominante. Même le régime alimentaire de Benoît a été très vite surveillé de près par ses parents. Non pas qu’il soit élevé comme une vedette mais bien parce que Suzanne et Henri voulaient éviter à leur fils de souffrir d’un mal récurrent chez les personnes trisomiques : le surpoids.

« C’est le soleil de notre vie »

Les autres le lui ont souvent reproché, à Suzanne, de trop couver son fils. Reste que les liens qui l’unissent à lui, aussi forts soient-ils, sont loin de lui avoir coupé les ailes. Au contraire. « C’est le soleil de notre vie », dit-elle. Pour en témoigner, ce livre-album que les époux Eplé ont fait imprimer pour raconter ce « parcours exceptionnel », pour donner un espoir, un réconfort, un cap aux autres parents.

Aujourd’hui, Benoît a 40 ans. Sa mère, le double. Bien sûr, il leur faut penser à l’après. Non sans inquiétude de la part de Suzanne qui a déjà pensé à la communauté de l’Arche pour accueillir son fils. Benoît, lui, prend la perspective avec un haussement d’épaules. Il préférerait ne pas...

Le contact des parents de Benoît Eplé, pour avoir son livre-album : benoithenrisuz.eple@wanadoo.fr