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Scolarisation

La vision d’un directeur d’IME

Propos recueillis par Marthe Aurèle

La coopération au quotidien

Faire en sorte qu’entre l’IME et l’école, l’enfant handicapé n’ait qu’un unique « référent classe »

Comment se passe la scolarisation non plus à l’intérieur mais à l’extérieur de l’établissement, par exemple en CLIS   ou en UPI   ?

Pour les enfants scolarisés à l’extérieur de l’IME  , nous faisons le choix de ne pas multiplier les temps de scolarisation à l’IME   et en dehors de l’IME  . Donc lorsqu’un enfant est à temps partagé, la priorité est donnée à la scolarisation à l’extérieure. Par contre, les temps d’accompagnement à l’IME   sont éducatifs, médicaux et paramédicaux, essentiellement, ou une prise en charge par le biais de l’internat, de façon à ce que l’enfant n’ait qu’un seul référent classe. Il n’a pas besoin d’avoir un enseignant à l’IME   et un enseignant en dehors de l’IME  .
L’enseignant de l’IME   a pour mission, comme les autres professionnels de l’IME  , de développer tous les potentiels de l’enfant. Suite à cet apprentissage dans les murs, il arrive qu’un enfant soit en capacité d’intégrer le milieu ordinaire de scolarisation.

Donc cela arrive parfois…

Oui. Et actuellement, nous sommes en train de monter un dossier pour qu’un jeune, qui fréquente l’IME   depuis une dizaine d’années, puisse intégrer une UPI   à la rentrée prochaine.

Lorsqu’un enfant est à temps partagé entre un IME   et un établissement scolaire externe, « il ne doit avoir qu’un seul “référent classe”. »Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
« il ne doit avoir qu’un seul “référent classe”. »
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Les liens entre IME et Éducation nationale existent déjà, par exemple pour la formation…

Quels sont les types de liens entre l’IME   et l’Éducation nationale ?

Il y a ce lien institué entre nous lors des réunions de coordination pour définir le Projet personnalisé de scolarisation (PPS  ) de l’enfant, sachant qu’en amont de ce projet de scolarité, dans le respect de notre spécificité médico-sociale issue de la loi de 2002, nous travaillons avec la famille et tous les professionnels impliqués au Projet personnalisé de l’enfant.

Mais il existe d’autres liens, d’un point de vue plus général ?

Il existe des liens que l’on pourrait qualifier de « politiques » entre l’Éducation nationale et l’Adapei  . Il y a une volonté affichée, qui ne date pas d’hier, puisqu’il y a peut-être bien plus de quinze ans qu’un éducateur spécialisé de l’IME   est détaché à l’Éducation nationale, donc bien avant que les CLIS   n’existent. L’idée était déjà de permettre à des enfants en situation de handicap mental de bénéficier d’une scolarisation en école ordinaire. Donc l’IME   finance, depuis plus de quinze ans, un éducateur spécialisé qui est détaché dans une école. Aujourd’hui, cet éducateur spécialisé est un « super AVS   » de CLIS  . Dans cette CLIS  , il y a un enseignant spécialisé de l’Éducation nationale et l’éducateur spécialisé de l’IME  , qui reste rattaché à l’IME   et financé par l’IME  , mais qui donne son temps dans cette école. Donc il y a eu cette volonté politique tout à fait au départ, et quand la CLIS   s’est créée, l’IME   a laissé ce moyen humain à l’école, par le biais d’une convention.

Les CLIS   sont gérées par l’Éducation nationale ?

Oui, ce sont des établissements de l’Éducation nationale. Et c’est vrai que l’IME  , via l’Adapei  , apporte son concours depuis très longtemps à l’école.
Ensuite, sur le plan technique, par le biais de l’inspectrice d’Académie d’Aurillac et vu notre souhait d’ouvrir IME   sur son environnement, nous avons noué des liens et des contacts de façon à créer un partenariat fort qui existe depuis cinq ans. L’Éducation nationale fait donc souvent appel à nous (qui appartenons au milieu spécialisé comme je l’appelle encore), par exemple pour former des enseignants dans le cadre de l’ouverture d’une nouvelle UPI   ou d’une UPI   Lycée. Nous apportons de l’information ou de la formation aux enseignants pour l’ouverture d’une classe nouvelle dans leurs murs, mais aussi dans le cadre de la formation des AVS   au niveau d’un handicap beaucoup plus précis. Le partenariat sur le terrain existe aussi à ce niveau-là, l’idée étant que l’école soit plus performante dans l’accueil d’enfants porteurs de handicaps particuliers. Il n’est pas rare, pour prendre un exemple personnel, que l’Éducation nationale fasse appel à mes propres compétences pour former ses enseignants et ses AVS   à l’accueil d’enfants autistes à l’école. Nous réfléchissons à une convention partenariale de façon à ce que cette intervention puisse aussi être réalisée en classe, dans le cadre de l’accompagnement de l’enfant.

Cela rentrerait dans le processus de formation des intervenants scolaires…

Tout à fait. Accueillir un enfant autiste à l’école, c’est très particulier. Et il existe différentes formes d’autisme  . Une scolarité non accompagnée risque fort de se terminer par un échec, pour l’enfant autiste et pour sa famille. C’est pour éviter cet écueil qu’il faut que l’on apporte nos trente ans d’expérience, toute notre pratique et tout notre savoir-faire à l’école. Puisque de toute façon la scolarisation en milieu ordinaire est devenue la règle.

Selon Francis Buret, les liens entre l’Éducation nationale et l’IME  , via l’Adapei  , sont le résultat d’une volonté politiqueFrancis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
le résultat d’une volonté politique
Afficher la vignette . Cela se traduit notamment par des formations.

Quand l’IME d’Aurillac et d’autres établissements scolaires montent des projets communs

En dehors des réunions « officielles » de concertation avec l’Éducation nationale, liées par exemple au Projet personnel de scolarisation des enfants, tissez-vous des liens spécifiques avec les enseignants ?

Oui tout à fait, car nous avons conclu une convention avec l’Éducation nationale, et plus particulièrement avec les UPI   de l’Éducation nationale. Dans ce cadre, avec notre poste « interface », nous mettons en place des projets en concertation avec les enseignants d’UPI   et de CLIS  , les enseignants de l’IME   et l’équipe éducative de l’IME  . C’est ainsi qu’au cours de l’année dernière, 4 ou 5 projets ont pu être montés, avec ces différents partenaires.

Des projets de quels types ?

C’est par exemple, pour des jeunes de l’UPI  , la possibilité de bénéficier de nos ateliers préprofessionnels dans le cadre de l’IMPRO   pour réaliser un objet, soit en individuel, soit en commun. Ces jeunes de l’UPI   partagent ainsi les ateliers et les activités des jeunes de l’IME  , même s’ils ne sont pas orientés IME  .
Là, les ateliers de l’IME   deviennent un support technique pour l’Éducation nationale, dans le secteur médico-social, nous sommes les seuls à avoir des éducateurs techniques spécialisés, en capacité d’enseigner des matières techniques à des personnes en situation de handicap.
Pour résumer, cela permet à des jeunes d’UPI   de bénéficier de nos apprentissages, soit au niveau d’un stage collectif, soit au niveau de stages individuels, soit au niveau de stages perlés tout au long de l’année, de façon à découvrir le milieu de l’apprentissage, dans la mesure où l’Éducation nationale n’a pas cette capacité à accompagner des jeunes de moins de 16 ans en situation d’apprentissage technique. Nous, dans le secteur médico-social, ce sont des risques que nous prenons en permanence depuis toujours.

Vous ouvrez votre établissement à des enfants qui a priori n’ont pas leur place là, mais qui peuvent bénéficier de cet apport.

Oui, et sans que cela coûte un sou à la société, rappelons-le. Ce type de projet collectif permet parfois à des jeunes d’UPI   en difficulté, dont les parents sont restés dans un esprit d’intégration à tout prix, de découvrir qu’un IME   n’est pas un ghetto dans lequel on ne fait rien, mais qu’il s’agit bien au contraire d’un lieu complémentaire de l’établissement scolaire, où peut être délivré un enseignement tout aussi essentiel à l’enfant, même s’il est d’un autre ordre.

Avez-vous d’autres exemples de projets montés en partenariat entre l’IME   et des enseignants de l’Éducation nationale ?

Nous développons aussi des projets particuliers entre nos classes d’IME  , « enfants » ou « adolescents », et l’enseignement classique, notamment avec une école primaire.
Ce sont des projets à thème, qui partent le plus souvent de la bonne volonté de tel ou tel enseignant, voire de liens avec tel ou tel éducateur spécialisé de chez nous. Il y a eu un projet autour de l’eau, un autre autour des déchets. Car il se trouve que nous recyclons nos propres déchets par le biais de la déchetterie, dans une démarche citoyenne. Avec la classe de l’enseignant, nous partageons nos savoirs, en mettant en place des temps communs de communication et des exercices pratiques, dans la mesure où, dans le champ de la déficience, les choses passent surtout par le côté pratique avant d’être généralisées.

Cela veut dire que les élèves viennent à l’IME   voir…

Et inversement, des enfants de l’IME   se déplacent. Et puis l’outil Iinternet fonctionne entre la classe de l’IME   et une classe d’école ordinaire, notamment via le mail, ce qui est d’ailleurs un autre mode d’apprentissage.

Et en dehors du milieu ordinaire, comment cela se passe-t-il avec les CLIS   ?

Avec les CLIS  , ce sont des activités partagées. Les CLIS   développent aussi des temps partagés entre la classe CLIS   et les autres classes de l’enseignement élémentaire sur des activités particulières, par exemple le chant. Du coup, on essaye d’intégrer des enfants de l’IME   dans ces activités qui sont déjà organisées au sein de l’Éducation nationale entre la CLIS   et les autres écoles.

J’imagine qu’ils sont proches géographiquement pour que cela puisse fonctionner ?

Oh, nous sommes à 15 ou 20 kilomètres des écoles.

Ah d’accord, donc tout est possible…

C’est une question de volonté et d’organisation. Mais nous, nous avons détaché un éducateur spécialisé qui ne fait que cela : il s’occupe de montage de projets et de la mise en route de projets nouveaux dans le cadre d’un partenariat avec l’école. Avec un double objectif : permettre aux enfants de l’IME   de partager des temps avec des enfants ordinaires dans des écoles ordinaires, mais permettre aussi à ces derniers de devenir citoyens au contact de personnes souffrant de déficience intellectuelle.

Quand l'IME d'Aurillac et d'autres établissements scolaires montent des projets communs.Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
Quand l’IME d’Aurillac et d’autres établissements scolaires montent des projets communs.
Afficher la vignette  : écoutez Francis Buret décrire les projets que son IME   monte avec des écoles de la région d’Aurillac, notamment grâce au soutien de l’inspectrice d’Académie.

Son

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Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


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Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


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Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


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