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Un point avant la rentrée 2009-2010

Trois enjeux majeurs de la scolarisation

Par Marthe Aurèle

La démarche et les propositions de l’Unapei

Il y aura bientôt cinq ans, l’Unapei a créé une commission Scolarisation. Elle est présidée par Élisabeth Dusol, qui a succédé il y a un an à Christel Prado, vice-présidente de l’Unapei. Élisabeth Dusol est une femme de terrain, présidente de l’association des Papillons Blancs de Lille, où de jeunes parents vivent au quotidien les difficultés posées par la scolarisation de leur enfant. « Ce sont eux, explique-t-elle, qui m’apportent, par leurs idées, leurs revendications, leurs difficultés, et leurs expériences les éléments nécessaires pour animer cette commission. »
Élisabeth Dusol répond à quelques-unes des nombreuses questions que pose ce dossier. En forme de conclusion très provisoire…

La commission Scolarisation de l’Unapei

Pouvez-vous présenter en quelques mots la commission Scolarisation de l’Unapei, sa composition, sa philosophie générale ainsi que sa mission ?
Cette commission se compose de parents, d’anciens professionnels de l’enseignement et de professionnels médico-sociaux. Le principe de cette commission est de rassembler les expériences afin que chacun puisse s’approprier l’expérience de l’autre. Notre philosophie est d’être au plus prés des désirs des jeunes parents, et de soutenir leurs actions lorsque c’est nécessaire. Nous sommes attentifs à ce que la scolarisation en milieu ouvert soit effectivement une bonne solution, sans ignorer les enfants où l’orientation en établissements est préférable. Nous sommes en particulier à l’écoute des demandes et idées qui naissent au sein du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), où nous rencontrons d’autres associations de personnes handicapées. Plus concrètement, depuis la sortie des textes de la loi de 2005, nous devons veiller à une bonne lecture et à l’application effective de la législation, décrets ou autres, qui se succèdent, notamment celui du 2 avril 2009 sur la coopération entre l’Education Nationale et le milieu « médico-social ».


Du « projet individuel » à la formation : un accord sur l’essentiel

Globalement, que pensez-vous des points de vue et propositions développés par les trois intervenants principaux du présent dossier, messieurs Buret, Beurrier et Brandon ?
À travers leurs expériences différentes et au-delà de leurs quelques divergences, se dégage de leurs interventions auprès des enfants mais aussi des enseignants un thème commun : le « projet individuel ». En effet, la loi 2005 nous a apporté cet outil précieux, qui oblige tous les partenaires à se retrouver, en laissant une place à la famille dans cette évaluation. Chacun d’eux a bien souligné les points positifs et les limites de la scolarisation en milieu ordinaire telle qu’elle se construit aujourd’hui, et nous savons que c’est en restant au plus près de la demande de l’enfant ainsi que de ses capacités, que viendra son épanouissement.

À la veille de la rentrée scolaire 2009-2010, l’Unapei fait-elle elle aussi ce constat que les questions d’information et de formation des acteurs de la scolarisation, notamment au sein de l’Éducation nationale, ont bien peu évolué depuis un ou deux ans, et que tout, ou du moins beaucoup reste à faire sur ce thème ?
C’est juste, et l’on bloque depuis deux ans sur les points principaux : la formation, et derrière, les moyens à installer pour faciliter la scolarisation des enfants. Les parents le disent, les AVS   c’est formidable pour faciliter l’intégration, mais ils ne sont pas suffisamment formés, et les premières fins de contrat posent problème pour cette rentrée. Environ 1300 personnes sont touchées, certes, mais combien plus d’enfants tributaires de ces AVS   ne pourront rester dans de bonnes conditions au sein de leur classe ! C’est un vrai problème que nous essayons de résoudre en partenariat avec les ministères concernés.

Étendre à la France entière les démarches de coopération

À l’instar des actions que mène l’IME   de Francis Buret dans la région d’Aurillac, bien des associations de l’Unapei n’ont pas attendu une loi avant d’engager des partenariats avec des établissements de l’Éducation nationale. Comment aller plus loin et mieux faire profiter de ces initiatives, et les acteurs de l’Unapei, et ceux de l’Éducation nationale ?
Dans certaines régions, comme celle de l’IME   de Monsieur Buret, des solutions de partenariat, d’ouverture de nos établissements, avec parfois des créations de postes, ont vu le jour et fonctionnent. Ceci tient à l’impulsion locale ou à des circonstances particulières. Pour nous, il est primordial de s’assurer que la dynamique d’ouverture à la scolarisation se généralise et que cela ne soit plus l’apanage de telle ou telle association ou localité. Il faut apporter des réponses de qualité et de coopération sur tout le territoire.
Mais nous devons être attentifs à ne pas changer du tout au tout et à ne pas tomber dans l’extrême en fragilisant les établissements médico-sociaux avec, par exemple, la suppression injustifiée de postes d’enseignants spécialisés en IME  , ce qui semble être la tendance actuelle. En effet, ces établissements sont utiles pour un grand nombre d’enfants qui ne pourront pas accéder, ou très partiellement, à une scolarité à l’école. Il faut donc privilégier l’intégration scolaire à chaque fois que cela est possible et souhaitable, tout en permettant aux enfants qui en ont besoin d’être scolarisés dans des établissements d’éducation adaptés à leur handicap, pour lesquels des postes d’enseignants spécialisés restent indispensables.

Partagez-vous le sentiment de Francis Buret sur le décret d’application de la loi de 2005 paru le 2 avril dernier, à savoir qu’il était nécessaire pour consolider les collaborations entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social, mais que la façon dont il est formulé est inquiétante ?
Au-delà de notre point de vue sur la façon dont ce texte a été rédigé, et Francis Buret serait sans aucun doute d’accord avec nous, l’essentiel est maintenant d’agir pour profiter au mieux des opportunités que ce décret peut concrètement ouvrir, Nous allons proposer dès la rentrée de septembre des projets de convention « type » qui vont permettre aux directeurs de les adapter chez eux avec les intervenants locaux, car c’est toujours dans la flexibilité et les partenariats que nous trouvons des bonnes solutions. Comme je le soulignais plus haut, il est important de ne pas tout bouleverser, mais de réagir dés qu’une occasion se présente d’avancer avec le milieu enseignant. Cette démarche nécessite de la part de tous les professionnels de la réactivité, l’idée étant de mettre en place de nouvelles propositions au plus près des personnes accueillies.

Des pistes de travail et quelques revendications

Je crois qu’il est inutile de revenir précisément sur les problèmes posés par la situation des AVS  , sur laquelle l’Unapei et la plupart des acteurs de terrain sont d’accord. En revanche, que pensez-vous de l’idée qui se dégage de nos trois entretiens, à savoir que l’intégration au sein des SESSAD  , ou du moins des liens bien plus forts avec les professionnels du secteur médico-social, pourraient être la meilleure façon de résoudre les questions de statut comme de compétences des AVS   ou de ceux qui rempliraient demain leur indispensable fonction d’accompagnement ?
La problématique de fin de contrat des AVS   pose une nouvelle fois la question de leur place et de la reconnaissance de leur métier. Si l’urgence est de garantir une rentrée réussie pour les enfants qui ont besoin des aides qu’ils apportent pour être scolarisés, il n’est pas sérieux de décider à la va-vite d’un futur statut. L’intégration des AVS   dans le secteur médico-social est évoquée. Bien entendu, nous pouvons réfléchir à leur intégration au sein de nos associations, et à leur prise de poste dans un SESSAD   par exemple. Cette piste de réflexion nécessite un travail de fond, à mener avec l’ensemble des acteurs, sans oublier de traiter des questions de financements, majeures et à ce jour loin d’être clairement posées.

L’Unapei a-t-elle aujourd’hui des revendications spécifiques sur ces questions de scolarisation des enfants handicapés ? Et comment la Fédération compte-elle, dans les mois et les années qui viennent, faire avancer ce sujet aussi délicat qu’essentiel ?
L’Unapei soutient les enfants qui suivent une scolarisation en milieu ordinaire, mais elle est surtout attentive à plusieurs sujets :

  • une scolarisation de qualité qui respecte l’enfant, en tenant compte de ses difficultés, et de ses capacités ;
  • un parcours sans heurts qui permet de réajuster rapidement les besoins en soutien, éventuellement avec un établissement médico-social, assurant ainsi une continuité dans la prise en charge au plus proche de l’enfant ;
  • un débouché à la sortie de l’école, en faisant se côtoyer davantage les IMPro   et les UPI  .
Pour en savoir plus sur la position de l’Unapei et des AVS   :

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