Comprendre

Pour mieux connaître le handicap mental

LE MAG - Ils avancent

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Un point avant la rentrée 2009-2010

Trois enjeux majeurs de la scolarisation

Par Marthe Aurèle

La question de l’information et de la formation

Le manque d’information et de formation : un constat partagé

Le manque d’information et de formation des enseignants ?

C’était l’un des faits saillants de l’enquête Unapei-E.Leclerc-Ipsos de 2008, et cela reste le premier point de convergence entre les opinions parfois divergentes des trois professionnels que nous avons interrogés pour compléter ce dossier : Francis Buret, directeur de l’Institut médico-éducatif de Marmanhac ; Daniel Beurrier, enseignant référent   à Chalon-sur-Saône, et Laurent Brandon, auxiliaire de vie scolaire…

Le constat d’un enseignant référent  

« Institutionnellement, je ne note pas d’évolution, ni dans l’information importante ni dans la formation des enseignants, pour tout ce qui concerne la scolarisation des élèves handicapés », explique par exemple Daniel Beurrier. Dans notre entretien, l’enseignant référent   ajoute d’ailleurs, qu’à sa connaissance, « dans la formation initiale des enseignants, il y a très peu de temps consacré à la scolarisation des élèves handicapés. L’information se fait pratiquement au quotidien, notamment dans les équipes de suivi de scolarisation. C’est l’occasion d’informer à la fois sur les conditions d’accueil et sur les moyens. »

Des chiffres éloquents

De fait, 51 % des enseignants généralistes et 58 % des enseignants en classe d’intégration scolaire (CLIS  ) interrogés dans le cadre de l’enquête considèrent que le manque de formation et d’information sur l’accueil d’enfants handicapés constitue l’une de leurs deux principales difficultés pour accueillir des enfants handicapés, l’autre étant le manque de moyens humains, cité à 75 % par les enseignants généralistes.

De leur côté, les enseignants référents pensent à 85 % que le manque de formation et d’information des enseignants constitue la principale difficulté qu’ils rencontrent, devant les moyens humains cités à 61 %.

Répondre à la demande d’information des enseignants

Le manque d’information ? « On le ressent, et c’est verbalisé »

À la question du manque d’information des enseignants en milieu ordinaire, le directeur de l’IME   d’Aurillac répond en faisant appel à sa propre expérience : « On le sent, on le ressent, et c’est verbalisé. Je crois même que les responsables d’établissements scolaires et les responsables de l’Éducation nationale, au niveau de l’Inspection, ont bien conscience de cette chose-là. C’est pour cela qu’ils mettent en place des temps de rencontre, des temps d’échanges, des temps de formation. Et comme je l’ai dit, il n’est pas rare que l’Éducation nationale, par le biais de l’Inspection ou par le biais de directeurs de lycées, fasse appel à nos compétences pour venir apporter de l’information et de la formation à ses propres enseignants. »

« C’est vers les enseignants qu’il faut porter l’effort »

Selon Jean-Claude Schneider, enseignant référent   à Strasbourg, « pour faciliter et améliorer encore l’accès de l’école ordinaire aux élèves handicapés, c’est vers les enseignants qui les accueillent qu’il faut porter l’effort, afin qu’ils puissent se former avant de recevoir un élève handicapé, afin qu’ils puissent bénéficier chaque fois que nécessaire des aménagements et des accompagnements dont l’élève a besoin, afin que l’accueil d’un futur élève handicapé ne se présente pas comme un obstacle ou une difficulté supplémentaire dans le travail quotidien, mais comme une chance d’ouverture et d’enrichissement pour l’ensemble des élèves et pour l’enseignant. »

Le témoignage d’un AVS   sur la question…

« Étant sous la responsabilité du directeur de l’établissement, je pense qu’il est bien informé et qu’il connaît notre rôle. Mais les enseignants, je n’en suis pas sûr. Ils nous demandent souvent quel est notre véritable rôle, les choses que l’on peut faire ou pas. Je ne pense pas qu’il y ait une information suffisante donnée à l’ensemble du personnel éducatif concernant les conditions d’accueil et d’intégration d’un enfant en situation de handicap », explique Laurent Brandon, auxiliaire de vie scolaire dans le Cantal. Et d’ajouter, élargissant son propos : « Même l’enseignant qui accueille l’enfant handicapé n’est pas forcément au courant de notre fonction. Il y a un manque d’information des enseignants par rapport au métier d’AVS   et par rapport à la notion de handicap. »

Quelques clés pour mieux informer les enseignants…

Si 94 % des enseignants interrogés dans l’enquête UnapeiE.Leclerc—Ipsos ne s’estiment pas préparés à l’accueil d’un enfant handicapé, ce ne sont pas tant les informations sur la loi qui leur font défaut que les ficelles pratiques et concrètes essentielles.

Les enseignants trouvent aujourd’hui des soutiens au sein de l’Éducation nationale, auprès de l’équipe pédagogique de leur école, du directeur et des enseignants référents ainsi que des enseignants expérimentés. La plupart du temps, néanmoins, cela ne peut suffire.

D’un point de vue purement institutionnel, les associations représentatives sont pour l’instant globalement extérieures à ce réseau informatif, mais la tendance pourrait évoluer si l’on s’en réfère aux résultats de l’enquête qui montrent qu’une majorité d’enseignants souhaite approfondir les relations avec les établissements ou les services spécialisés dans le handicap mental.

Déjà, en effet, des acteurs du secteur médico-social interviennent dans les établissements scolaires. La journée pédagogique sur la connaissance du handicap pour les soixante professeurs du lycée Raymond Cortat d’Aurillac, où sont intervenus deux professionnels de l’IME   de Marmanhac, en est une illustration parmi d’autres.

L’enjeu majeur de la formation

L’enquête révèle un vrai déficit de formation

87 % des enseignants généralistes (dont 77 % des enseignants accueillant ou ayant déjà accueilli un enfant handicapé) et 27 % des enseignants en CLIS   interviewés dans le cadre de l’étude Unapei-E.Leclerc-Ipsos déclarent n’avoir reçu aucune formation sur l’accueil d’enfants présentant un handicap mental.

Autre chiffre inquiétant : parmi les enseignants ayant reçu une formation spécifique sur l’accueil d’enfants handicapés, 87 % des enseignants du primaire ordinaire ainsi que 66 % des enseignants en CLIS   s’accordent pour dire que ces formations sont insuffisantes.

Enfin, 65 % des enseignants ayant déjà accueilli un enfant handicapé mental jugent la formation des auxiliaires de vie (AVS  ) peu ou pas du tout satisfaisante, bien qu’ils soient « très ou plutôt satisfaits » de leur aide à 82 %.

Un problème bien plus compliqué qu’il n’y paraît

Dans la formation des enseignants, très peu de temps est consacré à l’accueil des enfants handicapés, bien qu’ils puissent y être confrontés dès leur première année de titularisation. La généralisation de la formation, qui paraît pourtant urgente, semble encore lointaine, alors que l’étude Unapei-E.Leclerc-Ipsos de 2008 révèle un manque et une demande forte en la matière.

Oui, mais former qui, quand, à quoi et par qui ?
On comprend facilement qu’un enseignant d’école primaire qui accueille pour la première fois un élève handicapé dans sa classe puisse se trouver démuni. Effectivement, son métier, c’est d’enseigner à une classe d’un niveau relativement homogène, soit un public qu’il connaît en termes de développement, de capacités, de comportement… Il ne va pas devenir un spécialiste de l’autisme   ou de la trisomie. Ce qui lui manque, c’est notamment une formation à l’accueil qui lui permettra d’en savoir plus sur le fonctionnement du dispositif de scolarisation des enfants handicapés, sur l’aide que peuvent lui apporter les auxiliaires de vie scolaire (AVS  ), sur le type de soutien qu’il peut recevoir de l’Éducation nationale ou du secteur médico-social, etc. Autant de sujets qui demeurent extrêmement flous pour bon nombre d’enseignants.

Des avancées du côté de l’État ?

Le gouvernement, avec le ministre de l’Éducation nationale, a décidé de faire de la scolarisation des enfants handicapés l’une des priorités de l’année scolaire 2008-2009, et tient aujourd’hui le même discours pour 2009-2010…

Pourtant, comme le dit Daniel Beurrier, sur le terrain, on ne note guère d’évolution majeure du côté de l’institution, ni dans l’information ni dans la formation des enseignants pour tout ce qui concerne la scolarisation des élèves présentant un handicap mental.
La signature du décret n° 2009-378 du 2 avril 2009 ouvre néanmoins la porte à certaines initiatives. Il y est notamment précisé, dans l’article D. 312-10-8, que « dans le cadre de la formation initiale et continue des enseignants et des personnels d’encadrement, d’accueil, techniques et de service de l’éducation nationale prévue à l’article L. 112-5 du code de l’éducation, les autorités académiques peuvent avoir recours, s’agissant de la mise en œuvre des actions de formation concernant l’accueil et l’éducation des élèves et des étudiants handicapés, à des professionnels qualifiés issus des établissements ou services et des centres de ressources mentionnés aux 2°, 3° et 11° du I de l’article L. 312-1 ou à des associations de personnes handicapées et de leurs familles. »

En attendant, le ministère de l’Éducation nationale cherche à répondre aux attentes des enseignants en mettant à leur disposition certaines ressources, notamment sur Internet via le site « lecolepourtous ».

Et si la meilleure formation des enseignants devait venir du secteur médico-éducatif ?

Chacun à leur façon, et au-delà de divergences de détails, tous les acteurs concernés par la scolarisation des enfants handicapés aboutissent à une conclusion similaire sur le rôle bien plus important que devraient jouer les professionnels des SESSAD   ou des IME   dans la formation et l’accompagnement des enseignants qui se trouvent confrontés dans leur classe à la question du handicap mental.

« Il n’est pas rare que l’Éducation nationale, par le biais de l’Inspection ou par le biais de directeurs de lycées fasse appel à nos compétences pour venir apporter de l’information et de la formation à leurs propres enseignants », explique ainsi Francis Buret, directeur de l’IME   installé à Marmanhac.

Ce que confirme, du côté de l’Éducation nationale, Thérèse Delbac, inspectrice pour l’académie d’Aurillac : « Monsieur Buret, directeur de l’IME   de Marmanhac accepte très volontiers de faire part de son expérience dans le cadre de journées de formation, auprès, par exemple des enseignants de l’UPI  , lycée Raymond Cortat à Aurillac, ou encore des AVS  -I. »

Comme l’explique très clairement Francis Buret dans le long entretien qu’il a accordé à l’Unapei, la formation est sans aucun doute la première clé d’une coopération bien plus poussée entre l’Éducation nationale et les établissements spécialisés dans la prise en charge des personnes handicapées mentales. En revanche, précise-t-il, le point essentiel qui restera très difficile à mettre en œuvre, c’est « d’apporter de l’information pratique de terrain, à l’intérieur d’une classe, qui est quand même le lieu privilégié de l’enseignant. »

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