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Scolarisation

La vision d’un directeur d’IME

Propos recueillis par Marthe Aurèle

Le décret d’avril 2009

Le décret d’avril 2009 : partenariat nécessaire, mais une formulation inquiétante sur plusieurs points

Les professionnels qui, comme vous, souhaitent une vraie collaboration entre le secteur médico-social et l’Éducation nationale attendaient depuis longtemps un décret, qui vient d’être signé le 2 avril. Qu’en pensez-vous ?


C’est un décret qui m’inquiète un peu. Je suis étonné que, dans un décret favorisant les relations entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social, le mot « éducatif », par exemple, soit si peu utilisé. La mission première des uns et des autres, pourtant, est d’abord une mission d’éducation. Le point rassurant, c’est qu’il semble bien que le projet individualisé de l’enfant et son projet personnalisé de scolarisation soit bien un seul et même projet : le projet de l’enfant.
En revanche, quand il aborde le médico-social, le décret parle par exemple d’équipe « médico-psycho-pédagogique », alors que dans les IME  , la catégorie de personnel embauchée en plus grand nombre, ce sont les membres de l’équipe éducative. On n’en parle pas. On va encore nier cette notion d’éducation…

Pour aller vers le « sanitaire »…

Absolument. Sans oublier le « pédagogique ». Alors que pendant longtemps, on a noyé l’éducation dans la pédagogie. Ce sont bien deux choses différentes. Le décret parle aussi de l’orientation de « tel élève ». Il ne dit pas orienter « tel enfant ». Je suis désolé, mais moi, jusqu’à maintenant, je me suis occupé d’enfants. Et dans leur statut d’enfants, ce sont parfois des élèves. Ils sont enfants avant d’être élèves. Le décret dit, je mets des guillemets : « Pour orienter l’élève vers l’activité qu’il est le mieux à même d’exercer », l’établissement, donc l’IME  , « va s’assurer le concours de services d’orientation ». Extraordinaire ! Si un enfant veut faire du chant, il va falloir faire une commission avec un service d’orientation pour savoir si c’est un bon choix. Nous, d’habitude, lorsque l’on crée tel type d’activité, c’est parce qu’elle a été travaillée en équipe, et qu’elle a été jugée opportune par la direction de l’établissement. On ne passe pas par une commission extérieure.
Après je ne sais pas si je n’avais pas bien nettoyé mes lunettes ou s’il s’agit d’une faute de frappe ou d’une forme d’humour que je ne comprends pas, le décret parle, à propos des enfants, de « réaliser leur intégration familiale ». Comment réaliser l’intégration familiale d’un enfant ? Le fait qu’il naisse, il est dans cette famille… Enfin, moi je ne sais pas… Il y a des choses que j’ai du mal à comprendre. Et ça, c’est dans un décret !

Cela traduit peut-être l’idée de soutenir les parents dans leur rôle de parent…

Et cela va devenir l’affaire du partenariat entre l’Éducation nationale et le médico-social ?

Ils n’ont pas fini d’y consacrer du temps…

Il y aura bientôt des précepteurs dans les familles ? S’agit-il d’une erreur venant d’un « copier-coller » entre textes d’origines différentes ? Mais le document pose d’autres questions. Il y a par exemple ce point, disant que les éducateurs affectés à des groupes d’enfants au stade de l’éducation précoce devront être titulaires du diplôme d’éducateur de jeunes enfants, alors que nous, en IME  , pour devenir éducateurs spécialisés, nous n’avons justement pas passés ce diplôme, qui se situe en dessous du nôtre. Demain, allons-nous pouvoir encore nous occuper de l’éducation précoce ?
Toujours dans ce décret, il est noté que le projet individualisé d’accompagnement peut également comprendre, donc ce n’est pas obligatoire, les contenus pédagogiques complémentaires à l’enseignement. Encore heureux qu’il y ait des choses complémentaires à l’enseignement !
Mais le plus grave, selon moi, c’est cette façon qu’a le décret de réduire le projet individualisé de l’enfant, éducatif, pédagogique et thérapeutique à une « réunion de synthèse clinique », et donc à sa dimension sanitaire. Et l’éducation dans tout ça ? Si cette idée devait se traduire dans les faits, ce serait un retour en arrière de trente ans !

Mais sur le fond, pourtant, ce décret est justifié, non ?

C’est vrai que nous avons pointé ce qui nous choquait dans ce texte. Après, bien entendu, que le décret prévoit un partenariat entre l’Éducation nationale et le médico-social, c’est la meilleure des choses qui puisse arriver à l’enfant scolarisé et à l’enfant d’IME  . Sans cette volonté des uns et des autres de vouloir bâtir du partenariat, l’enfant ne bénéficierait peut-être pas, autant qu’il en a besoin, d’une scolarisation. Donc, tout n’est pas négatif !

Justifié sur le fond, c’est-à-dire sur la nécessité d’institutionnaliser le partenariat entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social, le libellé du décret du 2 avril dernierFrancis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
le libellé du décret du 2 avril dernier
Afficher la vignette , tel qu’il est formulé, inquiète Francis Buret...

Son

Afficher la vignette le libellé du décret du 2 avril dernier

Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


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