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Santé

« Banaliser l’acte de soin »

Propos recueillis par Marthe Aurèle

Les différences par rapport à « Monsieur tout le monde »

Quelle différence y a-t-il entre soigner une personne handicapée mentale et soigner « Monsieur tout le monde » ?

D’abord, il est nécessaire de savoir identifier l’attitude à avoir avec chaque personne handicapée et d’établir avec elle une relation de confiance. Pour cela, il est important d’apprendre à connaître la personne, son histoire médicale et personnelle, ses habitudes de vie, si elle a un doudou, quelle musique elle apprécie, s’il est préférable qu’elle soit prise en charge par une femme ou un homme, dans quel environnement elle vit, quelle est sa famille, etc. Il faut aussi que la personne et sa famille se sentent à l’aise, qu’elles soient bien accueillies, que la découverte d’un nouveau lieu de soins se passe bien, que l’examen dentaire et le handicap soient banalisés.
Ensuite, il faut prendre son temps et s’adapter au rythme spécifique de la personne.
Cela permet à des personnes qui ne pouvaient pas bénéficier de soins ailleurs, où l’on n’a pas ce type d’approche, de pouvoir être soignées. Dans notre réseau, le personnel sait rassurer.
Par ailleurs, quand nous nous déplaçons dans un établissement pour prendre en charge un groupe, nous considérons le groupe dans sa globalité. Si certaines personnes sont réticentes, mais qu’elles voient que les autres se laissent faire, elles vont se laisser examiner au bout de quelque temps. Il y a un effet d’apprentissage, d’entraînement par les autres.

Le soin est-il identique à celui que l’on effectue pour une personne sans handicap ?

Globalement, oui. Néanmoins, il y a certains soins que l’on ne peut pas faire, par exemple parce qu’ils sont trop techniques et qu’ils vont demander une heure et demie, ce qui n’est pas envisageable pour certaines personnes. Parfois, on adapte les soins parce qu’ils seraient trop douloureux ou parce qu’ils ne sont pas forcément nécessaires. Chez un enfant qui ne mastique pas, par exemple, on ne va pas conserver certaines molaires extrêmement délabrées. S’il y a un risque infectieux, on ne va pas faire prendre un risque. Notre réflexion porte sur le bénéfice : y a-t-il plus d’avantages à faire tel soin plutôt que tel autre ? Nous en discutons en équipe. La famille participe au choix et à la décision finale.
Mais globalement, les soins doivent être rigoureusement les mêmes que pour tout le monde. Nous recherchons la même qualité de soins. Ça, c’est une certitude.

Qu’est-ce que ça demande de plus en termes de préparation avant l’acte de soin ?

L’anticipation est le maître-mot. Tout doit être réglé avant l’intervention, le plus possible.
Au quotidien, notre préparation consiste à analyser le dossier, à réfléchir en amont au projet de soin, avant l’arrivée de la personne. Tous les professionnels qui travaillent ensemble dans la journée font le point sur les soins ou les techniques de sédation à réaliser. Ils vérifient que tout a bien été anticipé, afin de se débarrasser des éléments qui pourraient parasiter la prise en charge. Nous nous organisons pour que les soignants soient disponibles, que les infirmières soient là pour accueillir les personnes, les installer sur le fauteuil - ce qui est un moment important -, avant que le praticien n’intervienne.

Pendant la prise en charge, qu’est-ce qui est différent ?

La personne handicapée mentale est systématiquement accompagnée par quelqu’un qui assiste à l’acte, qu’il s’agisse d’un membre de sa famille ou de son référent dans l’établissement. Nous souhaitons toujours qu’il y ait une tierce personne présente pour nous éclairer, par exemple pour indiquer « attention, là, je me rends compte que mon enfant a mal » ou au contraire « ces cris, ce n’est pas parce qu’il a mal, c’est parce qu’il a l’habitude de crier ». La personne qui accompagne est pleinement associée à la prise en charge.
Nous expliquons en quoi certaines choses peuvent être une source de stress pour la personne handicapée, par exemple le bruit de l’aspiration ou des instruments ou encore l’engourdissement dû à l’anesthésie locale ou le vécu d’une anesthésie sous Meopa.