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L’accueil des très jeunes enfants

Par Jacques Denis

Les enjeux de l’accueil

La priorité d’un mode de garde adapté à chaque situation

De façon générale, quelles sont les priorités pour l’éducation des plus jeunes déficients mentaux (de l’âge de la crèche et de la maternelle) ?
La priorité est que tous les enfants handicapés âgés de 0 à 6 ans puissent bénéficier d’un mode de garde qui tiendrait compte à la fois de leurs besoins et de leur particularité, qui leur permettrait d’entamer leur socialisation, et qui laisserait le choix à leurs parents d’exercer une activité professionnelle.
Ce qui signifie que des enfants pour qui les structures ordinaires sont une solution adaptée devraient effectivement pouvoir y accéder. C’est loin d’être le cas, notamment faute de place. Les parents se tournent alors vers les assistantes maternelles, mais le système ne les incite pas, financièrement, à accueillir des enfants en situation d’handicap. Donc les parents, et en particulier les mères, sont souvent obligés de cesser leur activité professionnelle les premières années suivant la naissance de leur enfant.
Pour relayer les propos d’Elisabeth Dusol, administratrice de notre Union et présidente de la commission Enfance et scolarisation, une autre des priorités est que les professionnels aient une attention particulière et un rapport privilégié avec les parents d’enfants handicapés, notamment en dialoguant régulièrement avec eux sur les apprentissages et les évolutions de leur enfant.
Il est aussi important de noter que pour des enfants handicapés, le fait d’accéder à des structures classiques dès le plus jeune âge est un facteur qui facilite l’intégration scolaire en milieu ordinaire et participe au changement de regard de la société sur le handicap mental.

L’intégration en milieu ordinaire est-elle ou peut-elle être une bonne solution pour eux, notamment pour leur éveil et leur socialisation ?
Comme pour n’importe quel enfant, un grand nombre d’entre eux vont pouvoir s’épanouir, s’éveiller au milieu des autres enfants dans des structures ordinaires. En revanche, pour certains, cet accueil en milieu ordinaire n’est pas bénéfique, ou uniquement possible pour des temps limités.

Le cadre légal

Existe-t-il un cadre légal pour cette population ? Et ce cadre répond-il aux attentes des parents comme aux besoins des jeunes enfants ?
Si pour les enfants de 6 à 16 ans il existe une obligation de scolarité qui impose à l’enfant d’être scolarisé, dès l’âge de 3 ans l’école se doit d’accueillir tout enfant dont les parents en font la demande. Mais l’école maternelle n’est pas toujours la réponse la plus adaptée pour un enfant handicapé de 3 ans. Il est parfois préférable qu’il bénéficie d’un accueil en halte-garderie, jardin d’enfant ou établissement multi-accueil ordinaire ou spécialisé.
Aucune obligation d’accueil n’existe pour les structures de la petite enfance telles que les crèches, jardins d’enfants, halte-garderie, etc. Il n’y a donc pas d’obligation contraignant ces structures à accueillir des enfants handicapés. Néanmoins, un refus prononcé au seul motif du handicap de l’enfant pourrait être reconnu comme discriminatoire.
De nombreux parents d’enfants déficients intellectuels, dont nous nous faisons le relais, souhaiteraient que la réglementation impose à ces structures de réserver un certain nombre de places dans leur établissement à l’accueil des enfants handicapés. Ils pensent que cette étape est nécessaire pour que cet accueil se développe et se démocratise.

Les différents types de structures d’accueil

Quelles sont aujourd’hui les différents types de structures d’accueil pour l’éducation des tout-petits (crèche et maternelle) ?
L’offre d’accueil pour les enfants de 0 à 6 ans se caractérise par la coexistence d’une offre de services collectifs publics ou associatifs, d’une offre individuelle privée (assistantes maternelles, employées à domicile) et d’un mode de garde familial. Concernant l’accueil en structures collectives, on peut répertorier différents modes d’accueil et tous doivent selon le principe de non discrimination et d’égalité de traitement devant le service public être ouverts aux enfants en situation de handicap. Se sont : les crèches collectives, familiales et parentales, les haltes-garderies, les établissements dits multi-accueil et les jardins d’enfants. Ces structures se différencient par la durée ou l’âge d’accueil des enfants.
Ce sont les haltes-garderies qui semblent répondre le mieux aux attentes des parents d’enfants handicapés parce qu’elles reçoivent, à temps partiel ou occasionnel, des enfants jusqu’à 6 ans, ce qui se marie très bien avec un suivi par un CAMPS, un SESSAD   ou en libéral, mais aussi avec un accueil à temps partiel à l’école maternelle.
Ces établissements de la petite enfance peuvent s’être spécialisés et ne recevoir que des enfants handicapés, comme la crèche les Bambins dans les Yvelines ou le jardin d’enfants à Amilly, dans le Loiret, ou réserver un nombre important de places aux enfants en situation de handicap, comme le fait la crèche halte garderie La souris verte à Lyon.

L’intérêt des structures spécialisées

En dehors des prises en charge médicales, qu’est-il proposé aux parents et enfants dans ces structures ?
Leur intérêt peut être d’être situé dans les mêmes locaux qu’un CAMPS, comme c’est le cas pour les Bambins, ce qui permet une complémentarité des actions des structures et d’éviter de longs transports à l’enfant et aux parents. Mais surtout, ces structures permettent l’accueil d’enfants polyhandicapés ou avec des troubles importants du comportement, accueillis avec plus de difficultés dans les établissements ordinaires. L’accueil se fait en plus petit groupe, les temps d’activités y sont plus courts, les professionnels y sont souvent plus nombreux, voire plus qualifiés. De plus elles proposent toutes un accueil pour des enfants âgés de 0 à 6 ans, et répondent donc aux besoins d’enfants qui ne peuvent pas accueillis en école maternelle, ou seulement à temps partiel, ce qui est souvent le cas pour les enfants déficients intellectuels.

L’exemple de ces structures modèles

Je citeraisLes Bambins à Trappes, structure que j’ai déjà citée, [les Marmousets à Strasbourg], la Souris Verte à Lyon, la Passerelle du Sourire à Meyzieu, ou encore le Jardin d’enfants à Amilly dans le Loiret.

Les difficultés de scolarisation en crèche et maternelle

Comme nous l’avons déjà mentionné très peu d’enfants handicapés sont accueillis en établissement dès la petite enfance. L’étude récente de la plate-forme Grandir Ensemble, menée de janvier à décembre 2008, montre que seulement 1 % des enfants handicapés de moins de 6 ans bénéficient d’un mode de garde dans une structure d’accueil collectif. Les structures semblent néanmoins plus ouvertes qu’auparavant à l’accueil d’enfants handicapés, sauf pour ceux, lourdement handicapés ou polyhandicapés, pour lesquels les structures spécialisées que je viens d’évoquer et qui sont encore peu fréquentes sont souvent la seule solution d’accueil.

Quant aux écoles maternelles, l’accueil se fait souvent seulement à temps partiel ou à la condition que les enfants puissent y bénéficier d’une auxiliaire de vie scolaire individuelle, sans que cela soit toujours très strictement justifié.

Son

« Donner accès dès le plus jeune âge à tous les lieux de notre société pour qu’enfin celle-ci change de regard »
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