Comprendre

Pour mieux connaître le handicap mental

LE MAG - Ils avancent

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Un point avant la rentrée 2009-2010

Trois enjeux majeurs de la scolarisation

Par Marthe Aurèle

Les liens entre écoles et établissements médico-sociaux

Une demande forte

L’importance de vrais partenariats

Dans l’enquête Unapei-E.Leclerc-Ipsos, les partenariats entre les écoles ordinaires et les établissements ou services spécialisés dans le handicap mental (IME  , SESSAD  , etc.) viennent en deuxième position des mesures qui devraient être prises en priorité pour favoriser la scolarisation dans des écoles ordinaires des enfants ayant un handicap mental, la première étant la sensibilisation et la formation à l’accueil.

Point de convergence symboliquement fort : au-delà de leurs importantes divergences de points de vue, un directeur d’IME   comme Francis Buret et un enseignant référent   tel Daniel Beurrier sembleraient plutôt d’accord sur l’intérêt de faciliter les liens et les échanges concrets entre le secteur scolaire et les établissements médico-sociaux, que ce soit pour la formation des enseignants, l’aide ou même la résolution du statut des AVS  .

Des échanges et partages d’expérience

Plus de 80 % des enseignants ayant déjà accueilli un enfant handicapé dans leur classe souhaiteraient confronter plus souvent leur expérience avec d’autres enseignants sur le handicap mental en école ordinaire. Mieux : près de 80 % d’entre eux voudraient rencontrer plus souvent des enseignants spécialisés intervenant en établissements ou en services médico-sociaux (IME  , SESSAD  …). Enfin, toujours selon l’enquête Unapei-E.Leclerc-Ipsos, 73 % de ces mêmes enseignants en école ordinaire affichent la volonté de rencontrer plus souvent les associations représentant les personnes ayant un handicap mental et de discuter avec elles.

En pratiques, les échanges existent

Les réunions de suivi du PPS  

Pour répondre aux besoins particuliers de l’élève handicapé, un projet personnalisé de scolarisation (PPS  ) est élaboré, que la scolarisation soit individuelle ou collective, en milieu ordinaire ou en établissement médico-social. C’est l’enseignant référent   de chaque élève qui veille à la continuité et à la cohérence de la mise en œuvre du PPS  . Pour cela, il réunit les équipes de suivi de la scolarisation pour chacun des élèves dont il est le référent et assure le lien avec l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH  .

Chaque réunion d’équipe de suivi de scolarisation permet aux professionnels de l’Éducation nationale et du secteur médico-social de se retrouver pour faire le point sur un élève en particulier. Y participent l’enseignant référent  , bien sûr, mais aussi le ou les enseignants, le professeur principal dans le cas d’un collège, le directeur de l’école ou le chef d’établissement dans les collèges et les lycées, le psychologue scolaire, l’auxiliaire de vie scolaire (AVS  ), des professionnels médico-sociaux par exemple de SESSAD  , etc.

En pratique, il est souvent difficile de rassembler tous les membres de l’équipe de suivi, notamment pour des raisons de contraintes horaires, institutionnelles, ou autres… Néanmoins, ces réunions restent une occasion privilégiée de lien et d’échanges entre acteurs visant le même objectif. Elles ont lieu essentiellement en début et en fin d’année scolaire, mais aussi plus souvent si nécessaire.

Lisez ce que dit Daniel Beurrier, enseignant référent en Saône-et-Loire, sur ces liens « officiels » entre le monde enseignant et le secteur médico-social.

Des partenariats à développer

Des jeunes d’un IME   qui se déplacent au sein d’une classe d’intégration scolaire (CLIS  ) pour partager avec les autres élèves une activité autour du chant ? Des jeunes d’unité pédagogique d’intégration (UPI  ) qui viennent pendant plusieurs semaines travailler en atelier avec les adolescents d’un IME   ? Des échanges via messagerie électronique puis sous forme de rencontre entre une classe de CM2 et une classe d’IME   ? Qu’il s’agisse d’IME   ou de SESSAD  , des partenariats de ce type existent déjà. Si l’on souhaite développer les liens et les échanges entre école et secteur médico-social, pourquoi ne pas s’en inspirer ?

D’autres types de partenariats peuvent également être mis en place au plan non plus scolaire mais social, comme l’intégration d’enfants en centre de loisir ou les initiatives locales avec les institutions culturelles et le SESSAD  , par exemple.

Sur ce registre des projets montés en commun entre le monde enseignant et le secteur médico-social en charge des personnes handicapées, l’IME de Marmanhac fait un peu figure de modèle. Et puis il y a tout ce qu’apportent les établissements spécialisés en matière d’information et de formation à l’Éducation nationale.

Les initiatives individuelles

Est-il possible d’échanger entre professionnels de l’Éducation nationale et du secteur médico-social en dehors des réunions de suivi du PPS   ? Qu’un AVS  , par exemple, puisse trouver du soutien et des éclairages pratiques auprès de l’éducateur spécialisé de l’enfant qu’il accompagne ? A priori, rien ne semble s’y opposer, même si les échanges semblent plus compliqués à organiser du côté académique que du côté du secteur médico-social.

Par ailleurs, dans le cadre des initiatives individuelles, il est important de souligner celles qui mènent à des projets de partenariat : nombre d’entre eux ne dépasseraient pas le stade de l’idée sans la motivation, l’implication et la qualité des relations entre professionnels des deux bords.

Lire les propos d’un AVS sur l’importance de liens plus nombreux entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social.

Une collaboration actée par un décret

Le décret, enfin !

Longtemps attendu, le décret d’application de la loi de 2005 qui devait acter la collaboration effective entre les secteurs médico-social et scolaire, est enfin paru au Journal officiel. Il a pour nom officiel « Décret n° 2009-378 du 2 avril 2009 relatif à la scolarisation des enfants, des adolescents et des jeunes adultes handicapés et à la coopération entre les établissements mentionnés à l’article L. 351-1 du code de l’éducation et les établissements et services médico-sociaux mentionnés aux 2° et 3° de l’article L. 312-1 du code de l’action sociale et des familles ».

Si l’événement n’a pas fait les choux gras des médias et est resté invisible aux yeux du grand public, il s’agit néanmoins d’une véritable avancée pour certains, et en tout cas, pour d’autres, d’une date à partir de laquelle on ne manquera pas de dresser des bilans.

La réaction d’un directeur d’IME  

Certes, le décret n° 2009-378 du 2 avril 2009 inquiète un peu Monsieur Buret, directeur de l’IME   d’Aurillac. Sans parler des éléments du discours qui ressemblent selon lui à des copier-coller d’autres écrits, il s’étonne que dans un décret favorisant les relations entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social, les mots « pratiques éducatives » ou même « éducatif » soient si peu utilisés. Bien entendu, il considère aussi qu’un décret qui prévoit un partenariat entre les deux secteurs est la meilleure des choses qui puisse arriver à l’enfant scolarisé et à l’enfant d’IME  . Sans quoi, l’enfant ne bénéficierait peut-être pas de la scolarisation autant que de besoin.

Lire et écouter l’intégralité de son analyse critique du décret tel qu’il est paru.

Pour en savoir plus :