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LE MAG - Ils y arrivent

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Benoît Éplé

Une vie en mode majeur

Par Maud Salignat

Porté par la musique

Suzanne Eplé se souvient. Benoît avait 18 mois. Ses parents, Suzanne et Henri, savaient déjà, depuis ses 3 mois, que Benoît était différent, à cause d’un chromosome de trop sur la paire 21. Ce jour-là donc, « mon tout-petit m’a retenue, m’empêchant de ses petits bras de me lever, afin de continuer à écouter avec moi « le Magnificat de Bach ». « Il voulait communier dans l’écoute de la musique ». Rétrospectivement, Suzanne interprète ainsi ce premier signe d’une inclination.

Déjà, à 6 ans…

A 6 ans, Benoît eut sa première professeur de piano. Première année initiatique au cours de laquelle il a apprivoisé la gamme. Et pour cela, que d’artifices inventés ! Notes géantes découpées dans du carton, petits diminutifs mignons pour chaque ton (soleil pour le sol, lapin pour le la...).

A 6 ans, Benoît savait déchiffrer les notes avant même de savoir lire. Il fit même plus tard une immersion au conservatoire de Dijon, en solfège. Puis, après pas mal de tâtonnements à Dijon, en quête du professeur qui saurait adapter sa pédagogie, arrive Mademoiselle Mutel. Encore aujourd’hui, il l’évoque avec un brin de reconnaissance dans la voix. C’est elle qui l’aida à apprivoiser les touches, lui donna la clef... de fa, elle qui sut le motiver dans un apprentissage long et laborieux de l’autonomie des mains.

Des rencontres providentielles

Tout le parcours musical de Benoît fut ainsi jalonné de rencontres providentielles, des rencontres qui l’ont amené vers les concours de musique (il fut finaliste des Tournois du Royaume de la musique, joutes musicales retransmises par Radio France), vers les festivals de musique adaptée, vers les concerts aux quatre coins de France. Figeac, Auvers-sur-Oise, Tours, Dijon, Belfort, Besançon, Rennes, Brest, Chambéry, l’Opéra comique de Paris aussi, où il était invité avec Pascal Duquesne... A chaque prestation son lot d’articles de presse, de photos souvenirs. « Aujourd’hui, je n’ai plus le trac », affirme Benoît sans ambages.

Parmi ces rencontres, celle du musicothérapeute Alain Carré a certainement été la plus formatrice. Il a pris Benoît sous son aile pendant de nombreuses années. Les temps de stage, notamment en Italie, furent autant d’occasions pour Benoît de mûrir son interprétation, d’essayer pas à pas de s’abstraire de la dictature de la partition.

Un message d’épanouissement par la musique

Le message colporté par Benoît à travers ses concerts n’est pas du registre de la performance. Quoique. Jouer Bach, Haendel, Dvorak, Mozart, Verdi et bientôt Erik Satie en est déjà une quelque part. Benoît n’est pas virtuose. Il véhicule plutôt l’image d’une possibilité de s’épanouir, d’un « art de vivre » porté par la musique, dirait Alain Carré.

Marc Vella, le pianiste nomade qui parcourt le monde avec son piano à queue, l’une des dernières célébrités croisées par Benoît lors d’un concert, a eu cette jolie dédicace qui en dit long sur le personnage : « Prends le temps d’écouter entre les notes jusqu’au silence et même au-delà. Merci pour ce que tu es ».

Difficile, pour lui, de décrire ses émotions quand il est au piano. « Benoît, à propos de son artLe silence, Benoît le laisse prospérer entre ses mots. Il joue plus volontiers qu’il ne parle. Écoutez-le s’exprimer sur son art…  ». Cette phrase, on a l’impression de la lui avoir soufflée. Par contre, ce « Je me sens bien », qu’il finit par livrer tombe comme une évidence.

Son

Benoît, à propos de son art

Le silence, Benoît le laisse prospérer entre ses mots. Il joue plus volontiers qu’il ne parle. Écoutez-le s’exprimer sur son art…


Le contact des parents de Benoît Eplé, pour avoir son livre-album : benoithenrisuz.eple@wanadoo.fr