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Scolarisation

Le point de vue d’un enseignant référent

Propos recueillis par Marthe Aurèle

Sur le travail d’enseignant référent en Saône-et-Loire…

En tant qu’enseignant référent  , vous êtes au cœur du dispositif de scolarisation…

Enseignant référent  , vous savez, ce n’est pas glorieux comme fonction. C’est une interface. Tout passe par lui, rien n’émane de lui… Du travail de relation, d’animation, de mise en lien, de constitution de dossiers… Une fonction créée par la loi de 2005. Je m’interroge sur ces fonctions : n’est-ce pas le maillon de trop dans une chaîne lourde et multi partenariale ? Un chef d’établissement ne pourrait-il pas faire cela aussi bien ? D’autant que celui-ci a une connaissance directe de la famille, de l’élève… Je n’ai pas de réponse à cette question, mais je vous la pose.

Pour permettre aux enseignants référents d’assumer leur mission, faudrait-il en augmenter le nombre en fonction des besoins locaux et améliorer leur formation… ?

Je ne revendique pas de poste supplémentaire d’enseignant référent   sur ma circonscription. Je revendique en revanche un secrétariat. Un enseignant référent   passe une grande partie de son temps devant le photocopieur et l’imprimante pour adresser des courriers aux différentes personnes qu’il invite. La part logistique et administrative prend très vite le pas sur le suivi du dossier.
Bon, il y a des variantes considérables d’un département à l’autre. Et même d’un territoire à l’autre dans un département. Le nombre de dossiers suivis et de classes spécialisées en charge, cela va du simple au triple. Sur un département semi-urbain, semi-rural, comme la Saône et Loire, en fonction du secteur ou du territoire, on va suivre de 120 à 300 dossiers. Il y a d’autres départements qui ont fait des choix beaucoup plus restrictifs où chaque enseignant référent   suit au maximum une centaine de dossiers.
Actuellement, j’ai en charge 296 dossiers, qui ont un contenu et une urgence extrêmement variables.

Sur la question de la scolarisation des élèves handicapés, y a-t-il un point dont nous n’avons pas parlé et sur lequel vous souhaitez communiquer ?

Il y a dans l’institution scolaire, des gens importants qui ont un peu disparu du champ de scolarisation des élèves handicapés. Ce sont les inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN). Avant d’être enseignant référent  , j’ai été secrétaire de CCPE (Commission de circonscription préscolaire et élémentaire). J’étais très attaché à cette sorte de diarchie : l’IEN responsable de sa circonscription, présidant la CCPE, et l’ex-secrétaire de Commission Consultative Paritaire (aujourd’hui plus ou moins bien recyclé en enseignant référent  ), gérant les dossiers d’élèves. Nous avons toujours besoin des IEN : ils restent responsables des écoles, de la scolarisation des élèves, mais si l’on n’y prend pas garde, on est complètement coupé de ces personnes.
Les IEN ont donc curieusement été oubliés dans le nouveau dispositif. Or ils apportent des éléments précieux : leur autorité et leur connaissance du terrain. C’est ainsi que l’IEN connaît parfois l’élève mieux que moi-même, parce qu’il le voit en inspection et qu’il en entend parler par les enseignants. En outre, ce sont les IEN qui, par délégation de l’Inspecteur d’Académie, affectent les élèves handicapés dans les classes spécialisées de leur circonscription. Ceci revient à leur demander de trancher sur un dossier dont ils n’ont pas eu préalablement connaissance.

Enfin, je crois l’avoir dit plus haut, les enseignants référents sont des interfaces entre les familles, l’Education nationale et la MDPH  … A ce titre, ils ont un certain devoir de loyautés multiples, et c’est très inconfortable. Je suis, à titre personnel, indéfectiblement attaché à la loyauté vis-à-vis de l’institution quoi qu’il m’en coûte parfois : au Service de la République, au sens étymologique de ce mot. Mais cela ne me paraît pas incompatible avec la notion d’aide à la personne.

Mais la gestion des dossiers n’est-elle pas plus rapide qu’avant ?

Là, j’émets les plus grandes réserves. Et il y a des raisons, en particulier la multiplication des demandes ! Exemple : il y a quatre ans, sur le même territoire, avec la même population scolaire, je traitais 24 demandes d’auxiliaires de vie scolaire. Cette année, j’en traite 91. Ces demandes viennent principalement des familles, conseillées ou non par les enseignants, par les soignants, voire par moi-même.
Je conçois très bien qu’une famille face à un enfant en difficulté à l’école souhaite que cet enfant soit accompagné par un auxiliaire, mais ce n’est pas toujours nécessaire, parfois c’est même contre-productif.

Vous voulez dire que la scolarisation en milieu ordinaire n’est pas forcément la meilleure formule ?

Je veux dire d’abord que tous les élèves handicapés ne relèvent pas nécessairement de l’accompagnement d’un auxiliaire de vie scolaire.
Je veux dire ensuite qu’il ne faut pas confondre difficulté scolaire et handicap : or j’observe que certaines demandes correspondent à la résolution d’une difficulté scolaire. Les demandeurs exigent d’ailleurs un auxiliaire de vie scolaire sans accepter d’en faire la demande à la MDPH  . Il faut alors user de beaucoup de pédagogie, pour ne pas dire de diplomatie, afin d’expliquer aux demandeurs qu’il existe une procédure légale et que l’AVS   ne constitue probablement pas la bonne réponse à tous les problèmes qu’un enfant rencontre lorsqu’il devient élève.
Enfin, je suis un fervent militant du développement du secteur médico-éducatif . Pas pour en faire des ghettos, mais parce que, dans les établissements de ce secteur, il y a une grande technicité et un savoir-faire fondés sur cinquante ans de pratique. Les équipes des IME   et des ITEP (Instituts éducatifs, thérapeutiques et pédagogiques) sont irremplaçables. Mais je suis aussi tout à fait favorable à ce que l’élève de l’IME   ou de l’ITEP local soit scolarisé à temps partiel ou à temps complet quand c’est possible, dans une classe ordinaire ou une classe spécialisée. L’expérience de ce partenariat entre un ITEP et un collège de mon secteur prouve le bien fondé de cette démarche.
Pour en revenir au problème des AVS  , pourquoi ne pas imaginer que les auxiliaires soient des personnels du secteur médico-éducatif ? Cela résoudrait notamment le problème de la professionnalisation.

Pour contacter Daniel Beurrier