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Scolarisation

La vision d’un directeur d’IME

Propos recueillis par Marthe Aurèle

Vers une professionnalisation des AVS ?

Mieux former et accompagner les AVS

L’enquête Unapei-Ipsos de 2008 révélait que pour une majorité d’enseignants ayant déjà accueilli un enfant handicapé mental, les auxiliaires de vie scolaire (AVS  ) ne sont pas assez formés, même si leur aide est jugée satisfaisante. Qu’en pensez-vous ?

Les AVS  , tels que nous les rencontrons sur le terrain, semblent effectivement peu formés. Ils n’ont pas ou que très peu de formation de départ, et ensuite ces personnes s’appuient sur ce qu’elles peuvent trouver, en termes de formation et de pratiques, pendant la durée de leur mandat. Aujourd’hui, un AVS   met sans doute un certain nombre d’années à se former, comme nous avons mis un certai nombre d’années pour devenir des professionnels dans notre secteur. Et il se trouve que ces professionnels-là sont sous CDD. Donc quand ils acquièrent un minimum de pratique au bout de six ans, ce qui est vraiment le minimum du minimum pour travailler avec des gens en difficulté, ces professionnels sont en fin de contrat.

C’est exactement ce que m’a raconté Laurent Brandon, qui est lui-même un AVS   qui vit sa sixième et dernière année de contrat...

Dans le meilleur des cas, ces professionnels, viendront rejoindre les équipes médico-sociales dans nos structures.

Ou ils feront autre chose de leur vie…

C’est un réel souci. Car l’Éducation nationale repartira avec des gens nouveaux, des gens à former, à accompagner, etc. Je lisais récemment un document de l’Unaïsse, une association créée par des accompagnants scolaires de plusieurs régions de France afin de répondre à ce type de problème. Il y définissait, pour les AVS  , un nouveau métier, je l’espère sous contrat à durée indéterminé, qui dans sa présentation reprenait presque exactement le référentiel du métier d’éducateur spécialisé. Cela veut dire que ce métier-là, tel que l’association le définit, existe déjà dans les IME   et les SESSAD  , avec plus une véritable pratique professionnelle de trente ans. Outre cette redondance entre les deux métiers, on risquerait d’avoir des « super AVS   », plus formés que les enseignants eux-mêmes, ce qui pourrait causer des problèmes. Peut-être, plutôt qu’un nouveau métier, faudrait-il donc créer un tronc commun entre les AVS   et les éducateurs spécialisés.

Le manque de formation des AVS   pose quand même problème, non ?

Certes, mais comment former et sur quoi ? Tout le monde ne peut pas être un spécialiste de la surdité, et du langage des signes, ainsi que de l’autisme  , et de la déficience profonde, etc. Je l’ai déjà mentionné : le rectorat fait appel à mes compétences dans le domaine de l’autisme   pour former les AVS   de première et deuxième année sur cette notion d’autisme  . Mais sur une promotion d’une vingtaine d’AVS  , une ou deux personnes seulement sont concernées directement par cette difficulté. C’est une bonne information et formation d’ensemble. Il n’en reste pas moins qu’au-delà de cette formation théorique, c’est sur le terrain, donc au sein des écoles et pendant un temps donné, qu’il faudrait apporter aux AVS   des aides adaptées à la nature de la difficulté de l’enfant accompagné.

Quelqu’un qui réponde à ses questions précises, à ce qu’il vit au quotidien…

Tout à fait. Et puis le professionnel compétent dans ce domaine verrait où sont les difficultés entre l’enfant, la scolarisation, l’AVS  , etc… Mais cela ferait beaucoup de monde dans la classe…

Le directeur de l’IME   d’Aurillac constate le manque de formations des AVSFrancis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
le manque de formations des AVS
Afficher la vignette , indissociable du problème de leur statut professionnel.

Pour en finir avec le statut précaire des AVS, pourquoi ne pas les rattacher aux SESSAD ?

L’une des revendications de l’Unapei porte justement sur ce thème de former des auxiliaires de vie scolaire, d’augmenter leur nombre et de mettre en œuvre une véritable professionnalisation du métier. Qu’en pensez-vous ?
La demande est légitime. L’enfant porteur de handicap doit pouvoir être accompagné par une personne formée, cette personne être elle-même accompagnée durablement.
Aujourd’hui, ce type de professionnels que sont les AVS   pourrait exister au travers des SESSAD  . Les éducateurs spécialisés ou les professionnels des SESSAD   ont comme nous cette connaissance du handicap qu’ils ont acquise au fil du temps, et quand ils ne l’ont pas je pense qu’ils sont soumis à obligation d’apprentissage. L’une des solutions seraient donc que les AVS   soient rattachés aux SESSAD  , mais pour cela il faudrait qu’ils soient sur des emplois durables.

Ce serait donc des professionnels du secteur médico-social qui interviendraient dans le cadre des classes.

Tout à fait. Ce rattachement à un SESSAD   leur permettrait de bénéficier de la connaissance nécessaire. Et quand il y aurait répartition des AVS   par rapport aux besoins des enfants scolarisés, on pourrait le faire par secteur et par SESSAD  . Mais j’ai bien peur qu’un jour l’Éducation nationale ne crée ses propres SESSAD  , avec le risque que l’on remette trente ans pour réaliser ce que nous avons déjà mis trente ans à monter, juste pour que ce dispositif soit propre à l’Éducation nationale, alors qu’il existe déjà dans le médico-social.
La grande difficulté est dans l’image que l’on se fait des choses à partir du moment où c’est du médico-social, c’est l’affichage d’une étiquette qui est celle du handicap, dont celle du handicap mental, ce que tout le monde rejette.
Ce n’est pas parce qu’un enfant porteur de trisomie ou d’autisme   ne sera plus appelé une « personne porteuse de déficience intellectuelle ou de handicap mental » qu’elle ne sera plus autiste ou trisomique. Il ne faut pas se leurrer. Moi j’ai bien peur qu’il s’agisse à un moment donné de masquer toutes ces choses-là, alors que les dispositifs existent. Il suffirait que ces derniers soient articulés les uns avec les autres, mais pas de façon pyramidale comme le plus souvent dans notre pays. C’est un autre souci. Le petit secteur médico-social se situe entre deux grosses machines que sont l’Éducation nationale et le sanitaire. Qui l’un et l’autre ne répondent pas aux spécificités de chacun. Le médico-social a fait sa spécialité dans l’adaptation à l’individu, à la personne, et en permanence.

Francis Buret fait une proposition à la fois très opérationnelle et favorable à un meilleur statut des AVSFrancis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac
un meilleur statut des AVS
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Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


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Francis Buret, directeur de l'IME d'Aurillac


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